Possotomé: vaudou, pêche et tradition

A Possotomé, je suis partie sur les traces du vaudou à travers les villages et la forêt sacrée, savouré un déjeuner dans un restaurant sur pilotis,
vu pour la première fois de ma vie un “marché au troc”, embarqué à bord d’une pirogue avec des pêcheurs béninois sur le Lac Ahémé
et rejoint une magnifique piscine à débordement à bord de mon canoë.
Retour en détails sur une journée inoubliable.


Vous aimez Massaïa ?
Suivez-moi sur ma page
Facebook !

ECO-BENIN, l’association qui vous fait découvrir le Bénin autrement.

Association Eco-BeninEco-Benin est une association béninoise d’écotourisme qui oeuvre pour la promotion et le développement de projets touristiques visant à protéger et faire connaître la faune et la flore au Bénin. L’organisation est présente un peu partout dans le pays et propose des circuits à thème pour partir à la découverte de l’environnement local. J’ai participé à deux de leurs circuits concernant la pêche et le vaudou dans le village de Possotomé et passé une nuit dans leur lodge de Koussoukoingou dans le nord du Bénin. Pour plus de détails sur mon séjour dans le lodge, retrouvez mon article sur les Tatas Sombas du grand nord béninois, cliquez ICI.
                                               Pour plus de détails sur Eco-Benin, vous pouvez consulter leur site internet officiel : www.ecobenin.org

A la découverte du Vaudou

C’est avec Lucien, guide agréé Eco-Benin, que je suis partie à la découverte de cette religion emblématique du Bénin qu’est le vaudou (et pour cause, c’est ici que le culte vaudou est né). Nous avons marché plus de deux heures sur les chemins de Possotomé et des villages alentours. 

A l’entrée du village, Tô-Legba, fétiche vaudou gardien du village et de ses habitants, fait de terre, de cailloux et autres matériaux naturels. On y fait régulièrement des offrandes, pour maintenir sa protection et l’en remercier. On passe ensuite devant une sorte de “cabane” fermée par un drap blanc, le sol qui l’entoure est jonché d’ustensiles en tout genre : des jarres, des louches, des marmites… C’est ici, m’explique Lucien, que l’on dispose les corps de ceux qui sont morts brutalement, de ceux qui sont décédés suite à un mauvais sort qu’on leur aurait jeté. Les ustensiles disposés autour sont les objets personnels des défunts.


  “Interdiction de s’y aventurer la nuit !”


Nous continuons en longeant le bord du lac parsemé de cocotiers portant les filets des pêcheurs, parcourant les chemins bordés de baobabs centenaires. Nous pénétrons dans la Forêt sacrée de Sêhomi, dont l’entrée est marquée par un autel vaudou. C’est ici que sont transférés et enterrés les corps lorsqu’on les déplace de la cabane. Des cérémonies menées par un chef vaudou y sont régulièrement organisées pour demander diverses faveurs aux esprits. On y sacrifie un poulet ou un mouton qui sert d’offrande aux divinités afin qu’elles nous exaucent. On doit consommer intégralement l’animal sacrifié et il est interdit d’en ramener chez soi. Si on ne parvient pas à consommer toute la chaire, on peut alors en offrir aux passants.  On plante un bâton qui représente notre souhait et on viendra l’enlever une fois qu’il se sera réalisé.
Cette forêt, m’a dit Lucien, est interdite d’accès dès la nuit tombée. “Elle appartient aux morts et ils nous permettent de l’emprunter sans nous tourmenter durant la journée, alors on les laisse tranquilles la nuit. C’est une sorte de pacte que tout le monde respecte, et gare à celui qui malgré les avertissements voudrait s’y aventurer de nuit” !

Tout au long de cette balade initiatique, nous sommes passés devant de vieilles constructions recouvertes de peintures représentant les diverses divinités vaudoues, mais également devant toutes sortes de fétiches et d’un temple.

La culture vaudoue ne m’était pas totalement étrangère compte tenu du temps que j’ai passé au Bénin, mais Lucien a su m’éclairer sur les préceptes fondamentaux et la pratique de cette religion animiste méconnue et souvent confondue avec la sorcellerie. Il est lui-même adepte de ce culte et a su comment aborder le thème avec charisme et précision : les deux heures de promenade m’ont parues bien courtes et j’ai été fascinée par ce que Lucien me racontait tout au long du circuit ! De plus, il n’y avait pas d’autres visiteurs ce jour-là et j’ai donc pu poser toutes les questions qui me passaient par la tête en obtenant des réponses à chacune d’entre elles.  Pour conclure, je recommande à tous ceux qui voudraient acquérir ou parfaire leur connaissance du vaudou et des traditions béninoises à aller écouter les histoires de Monsieur Lucien.

*Cliquez pour agrandir les images

Une partie de pêche sur le Lac Ahémé

C’est sur sa pirogue faite de bois d’acajou que Lucien m’embarque ensuite, pour un tour d’horizon des techniques de pêche locales. En effet, la majeure partie de la population des 45 villages entourant le Lac Ahémé vit de cette activité. Les méthodes traditionnelles sont diverses et variées et se transmettent de génération en génération. Il a lui-même appris de son père, en commençant par démêler les filets, puis en apprenant à les lancer. J’ai moi-même tenté un lancer de filet, qui s’est révélé très loin d’être convaincant ! 

J’apprends ainsi à distinguer les zones de pêches délimitées par des bâtons sortants des eaux. Chacun s’affaire à sa tâche et selon sa technique, pour attraper le plus de tilapias, gourgeons, poissons-chats, mulets, écrevisses, crevettes, soles et carpes possible.  Pêche à la nasse, au filet, à la ligne, au plongeon et même à l’épervier, ainsi que pêche aux crabes occupent les journées des habitants. La pêche aux crabes est exclusivement pratiquée par les femmes, à l’aide d’un dispositif ingénieux servant de piège disposé au fond de l’eau, à environ 5 mètres sous la surface (jusqu’à 8 mètres selon la crue).

Certains se fabriquent illégalement des “Akadja”, aquariums privés au sein même du Lac, ce qui ralenti considérablement la prolifération des poissons. En effet, ce genre de dispositif attrape tous les poissons sans exception, sans tenir compte de leur taille ou de leur âge.
C’est donc en partie pour cela que le Lac qui autrefois offrait ses poissons sans compter, a aujourd’hui du mal à suivre le rythme effréné de l’homme et à resister à l’impact que ce dernier a sur l’environnement. Malheureusement, la dégradation du sol due à la pollution et à la déforestation qui entraîne l’ensablement du Lac rend la pêche de moins en moins bonne. C’est pourquoi l’association a mis en place des actions qui visent à replanter les palétuviers qui peuplent la mangrove et empêchent le sable de se déverser dans le Lac.

Sur le Lac Ahémé, se trouve une zone sacrée délimitée. L’accès y est interdit à quiconque, et personne n’a le droit d’y jeter ses filets. Cet espace est dédié aux divinités hydriques (divinités liées à l’eau) et des cérémonies vaudoues y sont régulièrement organisées. Les villageois y font diverses offrandes, et c’est le Fâ (sorte de chef spirituel) qui leur transmet les besoins des divinités.

*Cliquez pour agrandir les images

Le Marché de Troc “Gassiagamé” 

Au cours de notre balade culturelle, nous sommes passés par le Marché “Gassiagamé” qui a deux particularités : ne fonctionner qu’au troc comme son nom l’indique, et être exclusivement féminin. Vous ne verrez pas de FCFA circuler ici, les pois secs, fagots de bois et autres vivres sont ici la seule monnaie d’échange. Entre les cris des enfants, les discussions animées des femmes et les moutons à l’affût de quelques grains de maïs tombés par terre, on peut assister à l’échange de marchandises de ces dames maîtresses des lieux. Un lieu atypique et ô combien dépaysant !

Marché de troc Gassiagamé
Marché au troc Gassiagamé
Marché de troc Gassiagamé
Scène de marché
Fagots de bois échangés au marché au troc de Séhômi au Bénin
Fagots de bois
Marché au troc Gassiagamé
Scène de troc sur le marché

Une pause déjeuner sur le Lac Ahémé

Entre les deux circuits auxquels j’ai participé avec l’association Eco-Bénin, je me suis accordée une pause bien méritée à l’hôtel/restaurant “Chez Théo”, en plein coeur de Possotomé. 
L’endroit est fleuri et très bien tenu, et on y déjeune au-dessus du Lac Ahémé, dans un restaurant sur pilotis. Autant vous dire que le panorama est superbe. Poulet, poissons grillés, igname, patates douces, le choix est vaste et les plats copieux et bien préparés, malgré le temps d’attente long, voire très long. Si vous le pouvez, mieux vaut commander à l’avance et s’accorder une petite balade le temps que les plats soient servis. Après ce délicieux repas, j’ai quitté le restaurant et ai longé la rive en canoë (disponible sur place en libre service), jusqu’à la piscine de l’hôtel. Une très belle piscine à débordement avec vue imprenable sur le Lac vous y attend, un vrai régal. Il n’y avait aucun autre client mis à part moi et cette pause détente est arrivée à point nommé avant la visite de l’après-midi.

*Cliquez pour agrandir les images

– Comment s’y rendre ? –

Possotomé est un village de la commune de Bopa dans le département du Mono. Il se situe à environ 80 km de Cotonou, soit 1h30 de route en voiture. L’association Eco-Bénin tient ses bureaux en bord de route et un panneau vous indiquera son emplacement précis (juste à l’entrée de Possotomé). Pour rejoindre l’hôtel “Chez Théo”, vous devrez continuer la route tout droit jusqu’au dernier rond-point (vous ne pouvez pas vous tromper, après il n’y a plus de route, on tombe directement sur les berges du Lac) et prendrez à gauche. L’hôtel/restaurant se situe à quelques mètres devant vous et est indiqué par une grande pancarte.

– Combien ça coûte ? –

Pour un repas au restaurant de “Chez Théo”, comptez environ 10.000 FCFA (environ 15€) pour deux plats de poisson et deux boissons. Ne manquez pas leurs jus d’ananas tout juste pressés à 1.000 FCFA (environ 1,50€). Le repas vous donne accès gratuitement aux canoës et à la piscine.

Le circuit “pêche” et le circuit “vaudou” que propose Eco-Bénin sont chacun au prix de 5.000 FCFA (environ 8€), guide inclus. C’est un tarif que je trouve vraiment très raisonnable au vu de la durée et de la qualité des visites. N’hésitez pas à laisser un pourboire à votre guide si celui-ci vous a satisfait, un bon moyen d’encourager les actions touristiques locales.

Réflexion personnelle


Lorsque vous marchez sur les rives du Lac Ahémé bordées de cocotiers aux troncs couverts de filets de pêche,

vous savez que vous êtes à Possotomé.
Lorsque vous arpentez un chemin parsemé de baobabs centenaires observé par d’étranges fétiches de terre et de paille,
vous savez que vous êtes à Possotomé. 
Vous savez que vous y êtes lorsque le calme du Lac est soudain rompu par l’agitation du marché au troc,
et que quelques moutons vous coupent la route, que les enfants vous interpellent et que du haut du village,
vous pouvez observer les pêcheurs lançant leurs filets depuis leurs barques.

Possotomé, une journée d’immersion, d’apprentissage et de traditions que je ne suis pas prête d’oublier.

Logo du blog voyages de Massaïa

Je vous livre un secret…

La cérémonie vaudoue “Awilé” est la plus attendue par les habitants. Les chefs vaudous des villages entourant le Lac Ahémé se réunissent et pratiquent divers rituels de purification afin de s’attirer les bonnes grâces des divinités et faire en sorte que le Lac offre beaucoup de poissons . La pêche y est alors interdite pendant 7 jours.

Le Saviez-vous ?

C’est des sources thermales de Possotomé que l’eau minérale du même nom provient. L’usine de mise en bouteille se trouve à l’entrée du village et il est possible de la visiter. Une fontaine accessible aux habitants se dresse près de la rive du Lac Ahémé et l’eau y jaillit à une température de 40° !

 

Possotomé se trouve dans
le département du Mono.
Pour découvrir tout ce qu’il y a à faire
ou à voir dans les alentours

6 commentaires sur “Possotomé: vaudou, pêche et tradition

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.