Châteaux d’argile en Pays Somba

Toits en paille des tatas sombas
Une sublime tata somba de couleur ocre
Une tata somba dans département béninois de l'Atacora

C’est lors d’un périple de plusieurs jours dans le grand nord béninois que j’ai croisé la route de ces habitations traditionnelles aux allures
de châteaux forts typiques du Pays Somba, et ce long voyage de plusieurs heures en valait la peine !


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On les appelle “Tatas” et font la fierté du Pays Somba. Personne ne sait vraiment d’où elles viennent ni qui a construit la première.
On les trouve dans le nord du Bénin, dans le département de l’Atacora, le long de la chaîne montagneuse du même nom. Elles se dressent, là, fièrement, entre baobabs et manguiers, tels des châteaux forts à étage surmontés de tourelles coiffées de paille. Ce sont les maisons des peuples Otammari et Bètammaribè (que l’on regroupe sous la dénomination « Somba »), originaires du nord du Bénin et du Togo (au Togo, elles sont classées au patrimoine mondial de l’UNESCO), ces peuples aux visages sculptés de fines scarifications. Je suis allée à leur rencontre dans le grand nord béninois, à travers Natitingou, Boukombé et Koussoukoingou, là où les tatas parsèment les montagnes, les plaines et les bords de route.

Une tata Somba rougeâtre
Tata Somba à Kouaba
Sur la route de Boukombé
Sur la route de Boukombé
Soleil couchant vu des montagnes de Koussoukoingou au bénin
Coucher de soleil sur Koussoukoingou

Une construction 100% locale

La construction d’une tata dure environ 3 mois, et tout le monde se met à l’oeuvre. Les hommes s’occupent de la construction, les enfants vont chercher l’eau au marigot et les femmes s’occupent de la touche finale, des finitions et de la décoration. 

Les tatas sont construites en matériaux 100% naturels. 

Les murs atteignent environ 5 mètres de hauteur et sont faits de terre argileuse que l’on humidifie pour former des boules que l’on empile par rangée, tout comme nous empilerions les briques de nos murs. Des bouts de bois sont utilisés pour servir de base aux toits des tourelles faits de paille, tandis que le sol de l’étage est fait de couches successives de feuilles, de bois de karité et de terre (pas forcément dans cet ordre là !).

 

Visite guidée d’une tata Somba

C’est dans un village reculé non loin de Perma, au sud de Natitingou, qu’une vieille dame m’a spontanément invitée à faire le tour du propriétaire, dans sa magnifique tata, plantée là au milieu du village, parmi les autres constructions beaucoup plus communes en terre et toit de chaume. « Les jeunes d’aujourd’hui préfèrent les habitations plus modernes, faites de parpaings et de feuilles de tôle, les tatas disparaissent petit à petit » m’a t’elle confiée dans sa langue Wama natale.

Je passe donc la porte d’entrée située à l’Ouest (l’entrée d’une tata est toujours dirigée vers l’Ouest, pour attirer la chance), en passant devant un autel vaudou que l’on retrouve devant chaque tata et où l’on fait régulièrement des offrandes pour s’attirer les bonnes grâces des divinités.
Le rez-de-chaussée est formé d’une unique grande pièce sombre jonchée de marmites et ustensiles de cuisine en tout genre, où cohabitent poules, chèvres et habitants de la maison. Au fond perce la lumière du jour éclairant un escalier taillé dans un tronc d’arbre en forme de lance-pierre, unique accès à l’étage.

Me voilà donc à escalader cet escalier de bois et je me retrouve ainsi à marcher prudemment sur la terrasse à l’étage. En effet, la vielle dame m’apprend que les pluies ont affaibli le sol et qu’il faut donc marcher avec précaution sous peine d’écroulement, en attendant son renforcement. Là se dressent les toits pointus faits de paille, avec des entrées minuscules dignes d’une maison de poupée. Ce sont les chambres et les greniers qui gardent jalousement les récoltes de grains de la famille, ainsi que les fruits et les plantes médicinales.

La visite d’une tata traditionnelle, bien loin de nos maisons occidentales est une expérience unique et je remercie mille fois cette dame de m’avoir permis de la vivre.

Une vie de Somba

Dans des temps plus anciens, les Sombas étaient un peuple de chasseurs. Suite à la pénurie de gibier aux alentours, ils se sont mis à l’agriculture, et c’est comme ça que vous trouverez grand nombre de champs en “dôme” sur le bord des routes. On y cultive surtout des tubercules : ignames, pommes de terre et patates douces, mais aussi pois, mil, maïs et sorgho. 

La tata est un élément central dans la vie d’un Somba. Elle permet de loger sa famille, mais aussi de se protéger, et également, auparavant, de se défendre en cas d’attaque via des trous conçus sur les terrasses pour tirer des flèches.

Ce n’est qu’après sa cérémonie de passage à l’âge adulte qu’un homme est autorisé à se marier et à construire sa propre tata, avec l’aide solidaire de son village.

C’est aussi dans sa tata que l’on conserve ses vivres, que l’on élève ses animaux et que l’on garde les anciens à l’abri.

Des champs en "dômes" de patates douces
Cultures en "dômes"
Des champs en "dômes" de patates douces
Champs de patates douces

Une nuit dans une tata 

Oui, il est possible de dormir dans une tata. Enfin plus précisément dans un hôtel à l’architecture inspirée des tatas.

C’est à Koussoukoingou, perché dans la montagne (et difficilement accessible, un véhicule tout-terrain est de mise), que se cache l’hôtel (ou plutôt les chambres d’hôtes) « Otammari Lodge ». J’y suis arrivée à la tombée de la nuit, ce qui m’a permis d’assister à un coucher de soleil absolument fabuleux du haut de la montagne, et en suis repartie très tôt le lendemain matin (retour sur Cotonou oblige). J’y ai été chaleureusement accueillie et le personnel y est vraiment agréable.

Cela dit, le manque de moyens et de clients conduit à l’entretien très discutable des chambres et du bâtiment en général. Poussière, araignées et douche sale étaient de la partie. Les toilettes (sèches) sont communes à toutes les chambres et l’on va remplir un tonneau d’eau pour prendre sa douche (pas d’eau courante). Le court séjour que j’y ai passé était donc pour le moins… rudimentaire !  Fort heureusement, le repas de poisson et légumes que m’a été préparé dans le petit restaurant juste à côté et le sourire des employés m’ont rapidement fait oublier ces quelques désagréments.

Cet hôtel appartient à l’ONG “Eco-Bénin” (dont je vous reparlerai plus tard sur ce blog) et propose aux clients des visites de la région et des villages Somba. Je ne peux malheureusement pas vous en parler en détails car je n’ai pas eu le temps d’y participer, mais le guide avec qui j’ai discuté avait l’air très sympathique et semblait bien connaître sa région.

Otammari lodge de koussoukoingou dans l'Atacora
Otammari lodge de koussoukoingou dans l'Atacora
OTAMMARI LODGE
Otammari lodge de koussoukoingou dans l'Atacora

*Comme je l’ai précisé plus haut, je suis arrivée tard au Otammari lodge et en suis repartie très tôt, je n’ai donc pas de photo “de jour” de l’hôtel !

– Comment s’y rendre ? –

Voir les tatas, ça se mérite ! 
Il vous faudra parcourir plusieurs centaines de kilomètres depuis Cotonou pour apercevoir vos premières tatas. Environ 8h30 et près de 600 km de trajet sont nécessaires. Je vous conseille vivement d’emprunter la route de Parakou qui certes vous rallonge d’une centaine de kilomètres mais qui, au final, vous fait gagner du temps vu l’état des routes si vous suivez celle de Djougou. 

Mais pas de panique, toutes ces heures de route seront amplement récompensées lorsque vous apercevrez les paysages verdoyants de Boukombé, les savanes arborées de Tanguiéta et les tatas parsemant les plaines, avec la chaîne montagneuse de l’Atacora en toile de fond.

Le département de l’Atacora vaut vraiment le coup d’oeil et vous ne serez pas déçus par la multitude de choses à voir et à faire dans la région.

– Combien ça coûte ? –

Hormis le prix de l’essence de ce long trajet (n’oubliez pas de prévoir des boissons fraîches pour le voyage), le prix de la visite des tatas reste très variable. De rien du tout si vous vous contentez de les observer au bord des routes (ou même de vous en approchez avec l’accord des habitants), à quelques FCFA si vous prenez un guide (tarif propre à chaque guide). Si vous souhaitez y aller seuls, vous pouvez vous adresser aux habitants d’un village en leur demandant de vous les faire découvrir. Vous pourrez ainsi négocier un tarif avec eux (je vous conseille de vous entendre sur un prix avant la visite, ceci évitant d’éventuelles déconvenues).

Le prix d’une nuit au « Otammari Lodge » pour une chambre (nous étions deux) est de 9.000 FCFA (un peu moins de 14€) sans petit-déjeuner.

 

Réflexion personnelle

Lorsque l’on arrive dans le département de l’Atacora, on est d’emblée ébloui par la beauté de ses paysages.
Les plaines verdoyantes succédant aux savanes sèches, la rivière paisible aux pieds d’imposants baobabs centenaires.

C’est alors que l’on aperçoit ces drôle d’habitations, c’est châteaux forts d’un autre temps aux couleurs de la terre africaine,
coiffés d’un chapeau de paille bancal.

J’avalerai encore tous ces kilomètres qui me séparent de l’Atacora pour retourner à la rencontre des Sombas qui peuplent cette région, sans l’ombre d’une hésitation. Et vous devriez en faire autant.

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Je vous livre un secret…

Les dessins faits par les femmes sur les murs des tatas ne sont pas des dessins faits au hasard. Ce sont les mêmes que la famille propriétaire de la maison porte sur son visage sous forme de scarifications. Cela affirme l’appartenance de la construction à ses propriétaires, et montre l’attachement du peuple Somba à ses tatas.

Le Saviez-vous ?

Une fois construits par les hommes, les murs des tatas sont enduits de beurre de karité par les femmes. Le beurre de karité permet d’imperméabiliser les murs afin qu’ils ne souffrent pas de la pluie qui finit par dégrader la construction faite de terre.

Les tatas Sombas se trouvent dans le
département de l’Atacora. Pour découvrir
tout ce qu’il y a à faire ou à voir
dans les alentours

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